Beat

Perren

Air Zermatt « Je suis heureux de toutes ces vies sauvées ! »

Texte Laurent Grabet / Photo Air Zermatt
Date de parution Hiver 2017-2018

Beat H. Perren, président-fondateur de la mythique compagnie zermattoise d’hélicoptères et de sauvetage, se penche pour nous sur un demi-siècle d’aventures alpines et de vies sauvées.

Beat H. Perren est connu comme le loup blanc à Zermatt. Non parce que ce pharmacien de métier, aujourd’hui âgé de 88 ans, commercialise un remède imparable contre l’herpès dans son échoppe de la place de la gare, mais parce qu’il a lancé la compagnie d’hélicoptères Air Zermatt dans la station à une époque où ce pari semblait perdu d’avance. Flashback. 

Pourriez-vous résumer Air Zermatt en quelques chiffres ?
Air Zermatt, c’est aujourd’hui une grosse cinquantaine d’employés, dont une dizaine de pilotes et d’appareils répartis sur trois bases (Rarogne, Gampel et Zermatt), pour 5000 à 6000 heures de vol par an. C’est aussi un chiffre d’affaires de 18 millions, dont 25% seulement provient du sauvetage. Une grosse moitié est en effet générée par le transport (construction, cabanes, hôtels) et le reste par les activités
de taxi et d’héliski.

Comment est née la compagnie ?
En 1968, seul le train menait à Zermatt. En cas d’avalanche, la station pouvait être coupée du monde jusqu’à une semaine. Lors des évacuations médicales nocturnes, il fallait réveiller un conducteur de train pour transporter la personne concernée dans le wagon postal ! Constant Cachin, qui était directeur de l’office du tourisme, et moi-même, qui était au Conseil communal, avons alors eu l’idée de lancer la compagnie.

Que pouvez-vous nous dire des débuts ?
Ils furent modestes ! Nous avions un Agusta-Bell 206A, un pilote… et moi qui jouais la bonne à tout faire (rires). La première année, on a fait moins d’une centaine de sauvetages contre 1700 en moyenne aujourd’hui ! C’était un sacré pari mais, au bout d’un an, on a pu acheter une Alouette 3 équipée d’un treuil. On était la seule compagnie à en avoir un à l’époque.

Air Zermatt a souvent joué les pionniers. Racontez-nous.
En 1971, on a montré que l’on pouvait faire du sauvetage sur des parois difficiles en déposant cinq guides dans la face nord de l’Eiger. Cet exploit nous a valu le premier de nos trois « Heroism awards » (ndlr : sortes d’oscars de l’aviation décernés aux Etats-Unis). La même année, nous avons aussi réalisé la première intervention nocturne. En 1972, la première dans un téléphérique, en l’occurrence celui du Schilthorn où 72 personnes étaient bloquées à 240 m du sol. En 1973, nous fûmes les premiers à avoir un médecin sur la base…

Et puis il y a eu les avancées techniques…
Oui. Nous avons inventé les corbeilles à skis placées sous l’appareil, les portes bombées donnant une meilleure visibilité au pilote. Nous avons aussi perfectionné un système de trépied équipé de deux treuils permettant d’aller récupérer des blessés au fond de certaines crevasses profondes. 

Parlez-nous de l’usage insolite qu’Air Zermatt fait du marteau piqueur.
Nous n’arrivions jamais à récupérer les personnes tombées dans des crevasses étroites. Avec la chaleur corporelle, elles s’enfonçaient petit à petit et décédaient. Je me souviens d’une écolière belge que nous avions essayé de sauver, sans succès, en treuillant un guide sans chaussures, la tête en bas. Le marteau-piqueur permet de creuser un canal parallèle à la victime afin de la tirer d’affaire. J’ai le souvenir d’un
Italien, coincé à 42 m, que nous avons pu secourir ainsi. A son arrivée à l’hôpital, sa température  corporelle n’était pourtant plus que de 17.2° C !

Vous avez vous-même officié comme sauveteur, n’est-ce-pas ?
Pendant les 25 premières années, j’étais de toutes les interventions. Je me souviens en particulier d’un jour de 1974 où, n’arrivant pas à trouver de guide, tous partis en course, j’ai dû m’y coller moi-même pour aider quatre alpinistes français bloqués dans la face nord du Cervin. Je suis heureux que nous ayons pu sauver toutes ces vies !

Qu’est ce qui fait la force de votre compagnie ?
L’excellence et l’ambiance familiale. On tire tous à la même corde car on sait que la mort n’est jamais loin. Depuis 1983, nos équipes comptent des médecins anesthésistes, formés au sauvetage, ayant au moins dix ans d’expérience, qui travaillent en parallèle à l’hôpital pour rester performants. Et puis nos pilotes volent entre 500 et 700 heures par année, ce qui est très au-dessus de la moyenne. Résultat : ils sont au top !

www.air-zermatt.ch

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